dimanche 20 août 2017

En vulnérabilité

Je vis dans un pays étranger où peu de personnes semblent habiter. Je vis en vulnérabilité. D'autres disent en hypersensibilité. Tout me parle, tout me touche, chez moi, tout est amplifié, le pire comme le meilleur. 



Je n'arrive pas à être indifférente, encore moins à faire semblant. Là où je constate bien que les autres personnes voient au pire un dérangement, moi je vis un déferlement, qui me déstabilise, m'interroge, mais peut aussi m'amener dans d'étranges contrées, aux frontières de la vie, de la mort, voire de la folie...

L'autre soir, au cours d'un dîner qui aurait dû s'avérer courtois voire même joyeux, entre personnes bien intentionnées, j'ai subi la maladresse patinée de méchanceté d'un tiers, sur un sujet qui me tient à coeur et pour des raisons que j'ignore (sinon peut-être que certains hommes ou certaines femmes se délectent à tenter de déboulonner la figure de la femme puissante, comme ils n'ont pas pu le faire avec leur mère). L'évènement en soi a peu d'intérêt. En revanche, de mon côté, j'étais sidérée. Le syndrome du lapin dans les phares d'une voiture. Je n'entends plus rien, je ne vois plus rien, je perds ma boussole intérieure. Quelques temps, je donne encore le change comme une poule sans tête, puis je m'effondre. En sanglots. Je ne sais pas faire. Je dois fuir, mais je ne peux pas car sinon le drame risque de se transformer en tragédie ! Même s'il est clair que je leur ai pourri le dîner et que je ne serai plus réinvitée ! Mais au-delà de ça, je ne peux que constater que je ne suis pas comme les autres (ou pas comme tous les autres). Mes proches me disent de me blinder, de rationaliser, de prendre de la distance. Ce que je leur explique, c'est que je ne peux pas. Que, dans ces moments-là, je n'ai plus de cerveau, que je suis totalement inapte à faire face aux capacités de nuisance des personnes (surtout sur un terrain que je crois allié). Les gens sont d'autant plus surpris et font d'autant moins attention, que je suis une grande fille, joyeuse, autonome, croquant dans la vie à pleines dents. J'ai beau les prévenir, ils ne me croient pas. Jusqu'au jour...

Oui, je suis trop. Lorsque mon ex m'a quitté il y quelques années, c'est ce qu'il hurlait dans la cuisine : tu es trop, trop sensible, tu as trop d'amis, tu fais trop de choses, tu as trop d'envies. Et le petit diable en moi qui n'avait pas perdu son humour malgré le tragique de la situation, pensait : et toi, mon gars, tu n'es pas assez ! Ne croyez pourtant pas que je pleure tout le temps, c'est loin d'être le cas. D'une manière générale, cela m'arrive une ou deux fois par an de me retrouver ainsi désarçonnée par une situation. Le reste du temps, j'ai appris à gérer ma fragilité. Je suis comme la princesse des petits pois, mais à un niveau psychique : je détecte le mensonge, le manque de cohérence ou la tentative de manipulation, à la seconde. Je suis une antenne à faux-semblant, à hypocrisie, j'ai une intuition rarement prise à défaut. Ce n'est pas de sortir de ma zone de confort, mais d'y entrer, dont j'ai besoin. Car le problème est que tout ceci me touche tel un tsunami. En fait, cela assombrit mon monde. Je sors d'une telle situation en ne sachant plus très bien si j'ai envie de vivre ou de mourir, comme si j'avais une incapacité à m'insérer dans une telle réalité. Les autres ne me trouvent "pas normale". Mais de mon côté, je ne veux pas de leur normalité, incapable de prendre soin des gens, de l'amour, de la magie du monde.

Alors j'ai mis en place tout un protocole - je l'appelle mon plan Orsec - pour réémerger, retrouver l'appétit de la vie : la première chose à faire est de quitter le lieu du crash ! Le simple fait de se retrouver en terrain familier me fait déjà du bien, et si c'est dans ma maison à la campagne, c'est encore mieux car le silence et la nature me régénèrent. Je sollicite ensuite mes amis, qui connaissent ma sensibilité à fleur de peau. Ils savent ce qu'ils ont à faire, qui consiste la plupart du temps à être là, histoire que j'arrête de revivre en boucle un évènement sans intérêt. Puis je me force à manger, car je suis tout à fait capable d'oublier de le faire, avec une boule dans la gorge comme j'ai. Je me force aussi à poursuivre ma vie au jour le jour, à faire les choses, comme en pilote automatique, même si je n'ai plus envie. J'écris aussi. Petit à petit, le flux revient, comme une dynamo entraînée par le mouvement du quotidien. J'oublie, je m'apaise, je vais bien.

Je me dis qu'un jour, mon corps et surtout mon coeur finiront par lâcher. Ce n'est pas par hasard si j'ai fait du care, du prendre soin, une idéologie et un choix de vie. J'ai bien conscience que je m'use avec un tel comportement. Même si je parviens à me recentrer plus rapidement au fil des années, à me remettre plus vite sur mes jambes pour avancer, je vois bien que mon corps est davantage impacté. Et en même temps, tant pis. On pourra dire que j'ai vécu à 100%, du mieux que j'ai pu, le coeur battant. On pourra dire que j'aurai fait de cet état d'être un atout dans mon métier de thérapeute, car j'aurai pu accompagner en présence et en conscience mes frères humains sur un chemin de vie parfois bien compliqué. On pourra dire ce qu'on voudra. Car pour rien au monde, je ne voudrais changer. Je vous ai dis ma détresse lorsque les choses déraillent, mais retenez aussi, retenez surtout, que le bonheur également je le perçois de manière démultipliée, que je jouis de la vie de tous mes pores, de toute mon âme. Et que cette sublime aventure mérite largement toutes mes larmes.

Ca vous parle ? Vous pensez également être hypersensible ? lisez cet article bien fait qui permet aussi de tester sa sensibilité : c'est simple, moi, j'ai 16 points sur 16 !!! Vous pouvez aussi lire le livre, Ces gens qui ont peur d'avoir peur. Mieux comprendre l'hypersensibilité, de Elaine N-Arou (Editions de l'homme).
Visuel : Broken hearted woman is crying,silhouette,Valentines day concep © hunna.

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